28 février au 18 mars : British Virgin Islands (nouveau 24 mars)

Les Iles Vierges sont situées à 80 milles au NW de St Martin, tout près de Porto Rico. Découvertes par Colomb lors de son deuxième voyage, il les baptisa en l'honneur du sacrifice des 11 000 vierges de Ste Ursule contre les Huns au 4°siècle (ça ne s'invente pas!). Lontemps terres de pirates, elles hébergeaient des célébrités comme Sir Francis Drake ou Jost Van Dyke, attirés par la proximité des routes de retour vers l'Europe. Le îles de l'est sont restées britanniques depuis 1620. Les îles de l'ouest ont été, au gré des traités, hollandaises, anglaises, françaises pour finir danoises. Celles-ci ont connu une évolution majeure en 1917 avec leur cession par le Danemark aux US qui recherchaient une position stratégique sur la route de Panama.

Elles comprennent 4 îles principales, d'est en ouest : Virgin Gorda, Tortola, St John, St Thomas entourant une sorte de grand lagon, et une multitude d'îles secondaires, avec 2 îles isolées, l'une au nord, Anegada, l'autre au sud St Croix. En gros, la partie ouest et sud appartient aux Etats Unis (USVI), alors que les îles de l'est et du nord forment les Iles Vierges Britanniques, British Virgin Islands (BVI), colonie britannique autonome. Les américains exigeant que les équipages français disposent d'un visa qu'il est quasiment impossible d'obtenir quand on ne réside pas à Paris, nous ne leur rendrons pas visite (situation absurde, compte tenu de l'imbrication des USVI et des BVI).



Ce n'est toutefois pas trop grave, les BVI étant réputées les plus belles. De plus, en 3 semaines, nous n'aurons pas le temps d'en faire une visite complète. Les BVI à elles seules constituent un bassin de navigation exceptionnel, très varié et sans grande difficulté sauf pour les malins qui les recherchent. De toutes les Caraïbes, c'est, de notre point de vue, LE bassin où louer un bateau pour quelques jours, dans des conditions bien meilleures que la Martinique ou la Guadeloupe. Dans la série "nous avons moins aimé" : un climat extrêmement aride, avec peu d'arbres et beaucoup de cactus, une omniprésence des US dans tous les secteurs, et des prix souvent hors de raison. De plus, tout y est très "clean", bien organisé, trop à notre goût...

Nous resterons trois semaines aux Vierges, en équipage renforcé pour notre plus grand plaisir.



Virgin Gorda

Point de clearance d'entrée quand on vient du sud, elle a été baptisée ainsi par Colomb avec délicatesse, en raison de son prétendu profil. Toute la partie nord est constituée d'un lagon entouré de montagne, qui donne accès à un deuxième lagon, corallien celui-ci. Marie-Jeanne et Bernard auront droit au mouillage version montagne, Marie-Paule et Guy à la version "Tobago cays" juste derrière Eustatia Island. Tout le monde repartira un peu frustré, ces deux lagons valant bien une semaine d'exploration à eux seuls.



La partie sud abrite le site le plus célèbre des Vierges, the Baths. C'est un peu Ploumanach sous les tropiques, avec un labyrinthe de gros blocs de granite éparpillés sur l'estran.



L'accès n'est pas des plus faciles : dans les excès de sa grande sagesse environnementale, le législateur a interdit de débarquer en annexe sur la plage. On l'amarre à des bouées au large, et on termine à la nage. Comme dirait Guy fraîchement débarqué de Paris, pour un premier jour, ça fait un peu stage commando. Autre conséquence, pas de photos pour immortaliser les deux équipages réunis pour un jour, rampant sous les rochers les pieds dans l'eau. Heureusement, la splendeur du site et la température de l'eau sont là pour minimiser les risques de mutinerie.

Anegada

Avec Anegada, nous avions un challenge à relever, puisque les guides la décrivent comme similaire à Barbuda, où nous n'avons pas réussi à débarquer (cf épisode Antigua). Aussi profitons-nous d'un créneau météo favorable pour y partir depuis Virgin Gorda. Comme Barbuda, elle ne se découvre qu'après les dangers qui l'entourent, puisqu'elle ne culmine qu'à 9m!

A l'aller, tentative de pêche. Nous prenons une carangue, vite remise à l'eau car faisant partie des bestioles censées véhiculer la ciguatera (toxine très dangereuse pour l'homme, issue des coraux et concentrée dans la chair de la plupart des poissons coralliens au nord de la Guadeloupe, en gros tous sont suspects sauf le thon, le mahi-mahi (dorade coryphène), et le wahoo (thazard)).



5 mn plus tard, c'est au tour d'un magnifique barracuda de suivre le même chemin. La pêche aura décidemment généré beaucoup de frustration à bord...



Anegada fait partie de ces lieux des Antilles un peu hors du temps. Au milieu de rien et d'un calme absolu, la première visite est pour l'un des multiples bistrots au bout de son dock, issu des meilleures séries B "sous les tropiques".





Ensuite, en affrontant la température caniculaire et la léthargie d'un dimanche après-midi, les plus courageux se lancent dans la visite de l'île à vélo.

Au bout d'une heure et demi à pédaler sur des routes en ciment couvertes de sable, nous n'aurons vu qu'un paysage continu : une végétation rabougrie entourant des étangs intérieurs.



Enfin la grande spécialité d'Anegada, c'est la langouste. Elle est abondante, paraît-il (ça ne se voit pas sur l'addition), et nous nous faisons un devoir de vérifier si la qualité est à la hauteur. Réponse : quatre fois oui.



Après ces agapes et une grande difficulté à convaincre Guy de ne pas rester pour la semaine, retour vers Tortola, avec un nouvel épisode de pêche à graver dans les annales : une belle pièce semble bien se défendre, et nous mettons en rigolant sur le compte de la chaleur la remarque de Christine : "il semble en manquer un morceau". A l'arrivée, il en manquait bien les deux tiers.



Notre pauvre wahoo accroché à l'hameçon s'était fait proprement sectionner par beaucoup plus gros que lui. Nouvelle frustration, et rangement du matériel, ça suffit pour aujourd'hui!

Tortola

Tortola, où l'île de la logistique. Capitale des BVI, c'est en annexe depuis le mouillage de Trellis Bay, au nord et en bout de piste, que nous effectuerons les embarquements-débarquements en avion, couleur locale assurée. C'est à Road Harbour ensuite que nous rendrons visite deux fois. Une première pour remédier à un peu d'usure sur le génois. Une deuxième pour cause de panne de guindeau. Le guindeau, c'est un cabestan électrique qui sert à remonter le mouillage. Comme nous mouillons au moins une fois par jour une centaine de kg d'ancre et de chaîne, c'est une tuile.

Après avoir consulté Tony, électricien du coin, qui nous demande de démonter la pièce à laquelle nous n'osions pas toucher, nous finissons par mettre le moteur électrique en pièces détachées.



Après un jour d'effort et un gros nettoyage, le miracle s'est produit. Ceci dit, carton rouge au constructeur : le guindeau d'origine (Lofrans Cayman 88) n'est pas la qualité requise, et son montage est totalement défaillant, puisqu'il est monté dans une zone en permanence sous l'eau sans précaution particulière, alors qu'il n'est pas étanche. Une première panne nous avait conduit il y a 6 ans à le changer et à réaliser une véritable étanchéité qui a bien tenu, mais n'a sans doute pas empêché un brouillard salin de se déposer sur le collecteur. Il est vraiment incompréhensible que de grands chantiers réalisant par ailleurs d'aussi bons bateaux que le nôtre commettent ce type d'erreur, qui peuvent gâcher un voyage (et mettre en cause la sécurité du bateau) dès qu'on est loin des fournisseurs.

Heureusement, Tortola n'a pas que des mouillages utilitaires. Très montagneuse, elle présente des à-pics spectaculaires où s'accrochent souvent de belles maisons.



Ensuite, elle abrite, au nord, un des plus beaux mouillages des Vierges, Cane Garden Bay. OK, c'est totalement carte postale, avec des cocotiers sur la plage, des maisons dans les bougainvillées sous les cocotiers, des locaux pas stressés, un reef pour casser la houle, et même une vieille distillerie de cane d'où son nom, mais on assume sans scrupules!






Au Nord de Tortola, on trouve de bons mouillages dans une série d'îles, la plupart privées malgré leur taille. Une mention particulière pour Marina Cay.



Marina Cay, île déserte dans les années 30, a été "colonisée" pendant 4 ans par des "just married", qui ont écrit un roman sur leur aventure. De ce roman a été tiré un mélo impayable, qui a pour interprètes, excusez du peu, John Cassavetes et Sidney Poitier. Plus récemment l'île a été rachetée par Pussers. Il s'agit d'une entreprise créée dans les années 70 dans de bien étranges conditions. A cette date, la Navy a décidé de mettre fin à une pratique de plus de 3 siècles, qui consistait à accorder une ration de rhum journalière à ses équipages. Un nostalgique de cette époque (on le comprend) s'est intéressé à ce que pouvait devenir tout ce rhum distillé spécialement, en a obtenu la license après de longues tractations. Aujourd'hui, c'est une marque prospère, qui s'est diversifiée principalement dans des vêtemnts tropicaux de très bon goût et dans l'hôtellerie haut de gamme, d'où Marina Cay ( http://www.pussers.com).

Jost Van Dyke

Avec Jost Van Dyke, on aborde probablement partie la plus aride des BVI. Des 5 mouillages principaux de l'île, nous n'en visiterons que 3, absolument splendides.

Au sud, on s'est fait un peu peur à White Bay. Toutes les conditions étaient réunies pour y avoir des problèmes : une arrivée tardive sous un grain, et donc par mauvaise visibilité, un mouillage très étroit tout en longueur entre une plage et un reef immergé coupé de deux passes étroites à moitié balisées, et un vent tourbillonnnant en descendant des montagnes voisines. La sagesse (et un léger talonnage à un endroit réputé profond) nous conduisent pour une fois à prendre une bouée, avant de voir le bateau qui nous suivait s'échouer sur le reef, d'où une annexe allait réussir à le sortir avant la nuit. Si on rajoute le comportement des collecteurs de la location des bouées, a minima totalement éméchés, il y a de quoi fuir, et pourtant que c'est beau. En particulier le reef abrite une collection somptueuse de poissons-perroquets à divers stade de leur étrange croissance.



Le deuxième, Great Harbour, paraît plus sûr. Il nous faudra pourtant nous y reprendre à 7 reprises pour trouver un coin qui accroche, et profiter de la célébrité paraît-il planétaire du maître des lieux, Foxy et ses fameux BBQ sur la plage (on a testé). Ce que nous n'avions pas prévu, c'est une éclipse totale de pleine lune, qui a mis tout le monde en émoi (il faut dire que ce genre de phénomène ne doit pas être si fréquent!).



Le troisème, Sandy Spit, est protégé par une barre de corail qui relie une île minuscule à Little Lost Van Dyke. Les photos dispensent de tout commentaire...





Les îles du sud (Peter Island, Norman Island)

Dans le prolongement est de St John, le lagon est fermé par une série d'îles pour la plupart inhabitées : Ginger, Cooper, Salt, Peter et Norman Island. Nous ne visiterons que les deux dernières.

En termes de mouillage, la palme revient à Peter Island, avec Great et Little Harbour, à ranger dans la catégorie des "grands" mouillages : décor exceptionnel au milieu des pélicans avec une eau incroyablement transparente malgré la profondeur, où il n'est pas rare de suivre raies et tortues.



Une petite préférence pour Little Harbour, calme comme un lac de montagne où la proximité des collines environnantes impose de mouiller sur deux ancres. Les mouillages du sud sont tout aussi beaux, sauvages, avec des fonds superbes.

Par comparaison, le mouillage principal de Norman Island est beaucoup plus civilisé, un grand nombre de bouées y ont été installées, et on se croirait un peu dans une marina. Norman Island passe pour être l'ile au trésor de Stevenson, le trésor étant caché dans des grottes sous-marine sous la pointe ouest. De leur visite en annexe, nous ne retiendrons que le copieux rinçage du retour... Le reste de l'île offre de splendides panoramas, notamment sur¨Peter Island au nord.



Voilà, 3 semaines aux Vierges, c'est fini, et ça valait bien un petit verre...

Après une clearance expédiée à toute vitesse à Virgin Gorda (samedi midi moins le quart aidant...), un dernier casse-croute les pieds dans l'eau, en route pour St Martin. Le vent pile dans le nez au degré près, il nous faudra plus d'un jour pour parcourir en tirant des bords contre le courant les 80 milles de la route, c'est la vie...